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Notre Monde Notre Monde (2013, 119') un film de Thomas Lacoste
Rassemblant plus de 35 intervenants, philosophes, sociologues, économistes, magistrats, médecins, universitaires et écrivains, Notre Monde propose un espace d’expression pour travailler, comme nous y enjoint Jean–Luc Nancy à « une pensée commune ». Plus encore qu’un libre espace de parole, Notre Monde s’appuie sur un ensemble foisonnant de propositions concrètes pour agir comme un rappel essentiel, individuel et collectif : « faites de la politique » et de préférence autrement.
L'Autre campagne dans les medias

[13 janvier 2009] Les Inrockuptibles
Les Inrockuptibles Renouer avec de nouvelles formes critiques et d'engagements
Les Mauvais jours finiront
Article non coupé



Alors que la justice est le jouet du pouvoir sarkozyste, le nouveau documentaire du cinéaste engagée, Thomas Lacoste, retrace quarante ans d'histoire de la magistrature.


Les Mauvais jours finiront

Les Inrocks : Comment définiriez-vous votre travail et pourquoi travailler particulièrement sur les questions de justice et de liberté ? Pourquoi faire le choix d'entrecouper vos témoignages d'extraits de film dans les " Les Mauvais jours finiront " ?

Thomas Lacoste * : Il ne vous a pas échappé que nous traversons une période politique troublée et particulièrement réactionnaire qui est accompagnée par une série de lois liberticides (de Perben I aux peines plancher) et d'attaques extrêmement violentes portées à l'ensemble des salariés et aux institutions (école, hôpitaux, sécurité sociale, etc.).
L'élection présidentielle de 2007 marque dans cette dynamique morbide un tournant des plus autoritaires : le droit du travail est remis en cause, le droit des étrangers ne cesse de se durcir, les spécificités de la justice des mineurs sont effacées les unes après les autres, les principes fondamentaux du droit sont remis en cause, notamment par la loi du 25 février 2008 instaurant une " rétention de sûreté " qui propose de juger non plus les personnes pour ce qu'elles ont fait mais pour ce qu'elles sont supposées être, pour leur dangerosité potentielle...
Mais, au moment où l'ensemble des populations mondiales sont prises en otage par une crise financière d'une très rare violence suite à une gestion calamiteuse des barons du libéralisme (dont pour mémoire le crédo était : " déréglementons, privatisons ! ") et que le dialogue social semble définitivement enterré par nos gouvernements, l'ensemble de ce processus n'aurait de sens si nous ne voyons pas que, dans le même temps, c'est le droit des affaires qui se voit… dépénalisé ! Le message des puissants du moment est simple : " il faut vous faire à l'idée, braves gens, d'une justice à deux vitesses en faveur de ceux qui comptent ".
Pour l'ensemble de ces raisons, il nous est apparu primordial de se pencher sur les questions de droits et de libertés. Face à cette violence inouïe, orchestrée par un tout petit nombre d'individus dont le seul intérêt est le profit immédiat, une seule réponse s'impose : le rapport de force afin de rétablir un peu d'équité.
En ce sens, n'en déplaise à l'académisme frileux ambiant réduit à une quasi-position d'esclavage vis-à-vis du pouvoir, il nous semble important de renouer avec de nouvelles formes critiques et d'engagement y compris esthétiques.
Le cinéma parce qu'il reste un art populaire est un véhicule narratif universel puissant qui peut se montrer radical. C'est pourquoi, nous travaillons à une nouvelle forme cinématographique baptisée, faute de mieux, ciné-frontières qui cherche à déterritorialiser la fiction et le documentaire, à habiter en exilé entre ces mondes, en brisant les frontières qui depuis trop longtemps les séparent à grand renfort d'instituant culturel et entend convoquer dans un même lieu fictions, entretiens réflexifs, arts plastiques et créations sonores afin de multiplier les lignes de perceptions transdisciplinaires. En nous saisissant du droit de citation, nous faisons également appel à des œuvres ou travaux antérieurs, anachronisme volontaire qui tend à mettre en évidence des questionnements immémoriaux, des dissonances fertiles, des filiations et de se débarrasser des œillères afin d'affuter notre regard sur le monde.

Dans ce dernier documentaire, qu'avez-vous voulu montrer en retraçant 40 ans de l'histoire de la justice sous le prisme de la lutte syndicale du Syndicat de la magistrature ?
Le tournant sécuritaire de 2001 est-il un retour à la justice telle qu'elle était exercée par le pouvoir avant 1968, faisant des libertés acquises entre ces périodes une exception, ou est-il une véritable rupture ?


D'abord, nous voulions saluer l'action du Syndicat de la magistrature (SM) qui nous semble assez exemplaire étant donnée sa création dans un milieu extrêmement conservateur, il faut rappeler que la Justice en 1968 était ambivalente, son corps professionnel était marqué par le repli sur soi et par sa soumission à des usages et traditions d'un autre âge. Mais c'est aussi une Justice qui avait largement collaboré sous l'Occupation, qui continue à tuer et qui fut, quelques années plus tôt, pendant la guerre d'Algérie, un instrument zélé d'une féroce répression d'Etat. Mais au-delà de la création du Syndicat, il nous semblait intéressant de montrer sa volonté, pour affiner ses pratiques militantes, de dialogue constant avec l'ensemble des acteurs sociaux aussi bien à l'échelle nationale qu'internationale. Ainsi, le Syndicat de la magistrature a participé dès sa création au Comité prison initié par Michel Foucault (ce qui l'a conduit en 1985 à se prononcer pour la fermeture des structures pénitentiaires, utopie salutaire en ces temps carcéraux), à dialoguer avec les différents syndicats ouvriers pour défendre le droit du travail, il s'est inscrit de manière active dans différentes associations du type Anafé, pour la défense des immigrés et la libre circulation des personnes, ou des structures comme Medel qui militent à la défense des droits et des libertés à l'échelle européenne, etc. En ce sens, l'action du SM, au-delà de sa vigilance quotidienne portée aux attaques contre les libertés, nous paraissait exemplaire, eu égard aux replis corporatistes trop fréquents dans le paysage syndical.
Le deuxième axe qui nous semblait important à mettre en évidence est que nous assistons à un véritable changement de paradigme planifié en matière de justice sociale, à une véritable révolution conservatrice. Il est indiscutable que nos gouvernements, ils ne s'en cachent même plus, tentent de se débarrasser du modèle social hérité de l'immédiate après-guerre (redistribution, prévention, droit du travail, santé publique, éducation, retraite, droit de la presse, etc.)… Il en va ainsi des fondements du nouvel ordre libéral qu'ils tentent de nous faire avaler. Alors même que l'édifice puissamment excluant se fissure de partout et, comble des combles, c'est ce moment que nos puissants ont choisi pour redécouvrir la " solidarité " équivoque et pour nous demander de renflouer les caisses de leurs banquiers ivres de spéculation et ce, sans contrepartie, ni garantie. Mais si nous comprenons bien notre intérêt à renflouer fissa leurs caisses avant que des millions de gens ne se retrouvent à la rue, il va falloir qu'ils renouvellent très vite et très sérieusement leur argumentaire pour faire accepter aux jeunes gens des quartiers populaires leur misère, aux jeunes lycéens l'absence de profs, aux sans domiciles le manque d'hébergement et aux patients la pénurie d'infirmières ou de médecins à l'hôpital… Il y a fort à parier qu'à court terme de nombreux acteurs sociaux en appellent on ne peut plus légitimement eux aussi à une solidarité bien comprise.

Face aux multiples réformes de la droite, on assiste à un renouveau de la contestation des magistrats. Y voyez-vous un retour à un cycle plus politique comme en 68 avec la naissance du syndicat de la magistrature ?

L'heure a en effet sonné. Et la fenêtre est historique. Face à ces droites décomplexées, soutenues rappelons-le en leur temps par les " efforts " des gauches gouvernementales (Mitterrand, Clinton, Blair, Jospin, Schröder, etc.), ce qui doit expliquer en grande partie leurs silences assourdissants du moment, nous n'avons plus le choix, les temps sont à l'engagement et ce avant qu'il ne soit trop tard. Ainsi, peut-être, les mauvais jours finiront.
Rappelons que c'est le revers de ce genre de realpolitik, l'ultra-sécuritaire, qui place les Etats-Unis en tête des pays à la plus forte population carcérale, avec un peu plus de 2,5 millions de personnes incarcérées, soit plus d'un adulte sur cent, un afro-américain sur quinze et dans la tranche 20 à 34 ans, c'est un sur neuf… selon le récent rapport du Pew Center.

Nicolas Sarkozy agite aujourd'hui la suppression du juge d'instruction. Que vous inspire cette annonce ? Comment voyez-vous la justice aujourd'hui, vers quelle justice se dirige-t-on ?

Ce que nous propose l'actuel chef de l'Etat n'est ni plus ni moins qu'une reprise en mains de la justice par l'exécutif et la perte de toute indépendance fonctionnelle des Parquets, l'idée est grossière mais semble entendue : demain si rien n'est fait la corruption et la criminalité politico-économique et financière, ironie des temps, aura le vent en poupe et un blanc-seing à la clef. Les Renaud Van Ruymbeke seront remerciés et les Denis Robert seront à l'ombre, aux côtés des " dangereuses-mouvances-des-nouveaux-terroristes "...

Propos recueilli par Anne Laffeter

Les Mauvais jours finiront, 40 ans de justice en France aux côtés du Syndicat de la magistrature, une production de La Bande Passante et de L'Autre association, le DVD choral 126', 12€ et le coffret 20 DVD 1242', 200 € (frais de port inclus) par paiement en ligne sur le site La Bande Passante ou par chèque à l'ordre de L'Autre association, 3, rue des Petites Ecuries, F-75010 Paris. Des projections publiques peuvent être organisées pour tous renseignements : info@labandepassante.org
Avec la participation de : Eric Alt (conseiller référendaire à la Cour de cassation), Robert Badinter (ancien président du Conseil constitutionnel et Garde des sceaux), Etienne Balibar (philosophe), Jean Bérard (historien), Laurent Bonelli (sociologue), Patrice de Charette (président de la chambre sociale à la Cour d'appel de Toulouse), Aïda Chouk (juge d'instance), Jean-Pierre Dubois (président de la Ligue des droits de l'Homme), Hélène Franco (secrétaire générale du Syndicat de la magistrature), Simone Gaboriau (présidente de chambre à la Cour d'appel de Paris), Jean-Luc Godard (cinéaste), Benoist Hurel (substitut du procureur de la République), Hervé Lourau (juge des Libertés et de la détention), Pierre Lyon-Caen (membre fondateur du SM), Charles Piaget (responsable syndical chez Lip), Renaud Van Ruymbeke (juge d'instruction) et Alain Vogelweith (ancien juge d'instruction).

Pétition pour l'abolition de la loi " Rétention de sûreté " à signer sur : www.contrelaretentiondesurete.fr

* Thomas Lacoste est cinéaste et éditeur, il a créé en 1994 et dirigé la revue transdisciplinaire de pensée critique Le Passant Ordinaire, il vient de codiriger, avec Georges Debrégeas, L'Autre campagne, 80 propositions à débattre d'urgence (coll., Ed. La Découverte, 2007, 300 p., 14€, voir le site : www.lautrecampagne.org), il a réalisé récemment dans la série Réfutations deux films Universités le grand soir (2007) et Une peine infinie (2008). Il lancera au printemps un nouveau site www.labandepassante.org. Les Mauvais jours finiront, 40 ans de justice en France aux côtés du Syndicat de la magistrature est son dernier film. L'ensemble de ses films sont visibles sur le net et peuvent être commandés, pour soutenir l'initiative, 12€ l'exemplaire, au 3 rue de Petites Ecuries - 75010 Paris (chèque à l'ordre de L'Autre association) ou sur le site La Bande Passante.

[24 décembre 2008] Politis
Politis Les mauvais jours finiront
Pour ses 40 ans, le Syndicat de la magistrature (SM) nous offre un film, et pas n'importe quel film. Les mauvais jours finiront est un documentaire de 121 minutes où Thomas Lacoste a tissé, avec un plaisir perceptible au spectateur, images d'archives, séquences de films mythiques et entretiens avec une douzaine de magistrats ayant participé à la destinée du SM. Acte après acte, on revit l'évolution de notre justice et celle du syndicat né en 1968. Et on se dit que si le SM n'existait pas, il faudrait l'inventer, en particulier dans une période où les gardes des Sceaux, exécutants de la politique sarkozyste, se nomment Pascal Clément ou Rachida Dati. On peut le télécharger sur le site de la Bande passante, mais aussi l'acheter pour le soutenir.

[17 décembre 2008] Métro
Metro Quarante ans de justice (extra)ordinaire
Les mauvais jours finiront, un film coup-de-poing diffusé sur le Web

Voilà un documentaire saisissant. Déjà auteur du très remarqué Rétention de sûreté, une peine infinie, diffusé en ligne en juin, le réalisateur Thomas Lacoste signe un document étourdissant consacré à l'évolution de la justice française au cours de ces quarante dernières années.
Prenant comme point d'accroche le quarantième anniversaire du Syndicat de la magistrature, le réalisateur, membre du collectif La Bande passante, revient sur les grands tournants et les évolutions qui ont émaillé le monde judiciaire depuis 1968. Divisés en onze chapitres chronologiques, Les mauvais jours finiront abordent l'abolition de la peine de mort, la lutte contre la délinquance financière, les débats autour de l'immigration choisie et le tournant sécuritaire, décrié, en 2001.

Choc visuel

Au-delà d'un simple inventaire des institutions judiciaires, le documentaire, entrecoupé de plusieurs références cinématographiques, donne également la parole à différents acteurs (magistrats, écrivains, philosophe, cinéaste) qui remettent en perspective les diverses évolutions et tirent - pour certains - un bilan de leur mise en application. Un excellent documentaire, d'une force visuelle peu commune, visible sur le Web et également disponible en DVD*.

Le film est visible sur www.labandepassante.org

Adrien Cadorel

* Les Mauvais jours finiront, 40 ans de justice en France aux côtés du Syndicat de la magistrature, une production de La Bande Passante et de L'Autre association, le DVD choral 126', 12€ et le coffret 20 DVD 1242', 200 € (frais de port inclus) par paiement en ligne sur le site La Bande Passante ou par chèque à l'ordre de L'Autre association, 3, rue des Petites Ecuries, F-75010 Paris. Des projections publiques peuvent être organisées pour tous renseignements : info@labandepassante.org

[13 juin 2008] Nouvel Observateur
nouvel observateur Un film contre la rétention de sûreté
Le documentaire de Thomas Lacoste "Rétention de sûreté, une peine infinie", diffusé en ligne, entend mettre en garde contre "le monde que nous prépare Sarkozy".
L'intégralité du documentaire "Rétention de sûreté, une peine infinie", est désormais disponible en ligne sur internet, sur le site lautrecampagne.org, apprend-on lundi 21 avril.
Après un premier film sur la réforme des universités, le réalisateur, Thomas Lacoste, poursuit sa dénonciation des "piliers" de la politique sarkozienne. Il dénonce une société ultra-sécuritaire incarnée par la loi du 25 février 2008 sur la rétention de sûreté. Le film revient sur "six années de recul des libertés" en France et anticipe les mutations qu'opère la loi sur la rétention de sûreté, qui permettra, en prédisant la "dangerosité" - virtuelle - d'un criminel à la fin de sa longue peine, de continuer à le "retenir" enfermé pour un an renouvelable à l'infini. "C'est la perpétuité sans crime", commente l'avocat et bâtonnier de Paris Christian Charrière-Bournazel.
Coproduit par le Syndicat de la magistrature
Coproduit par le Syndicat de la magistrature et La Bande Passante, le film de Thomas Lacoste donne la parole à des juges et des avocats, des chercheurs et des psychiatres, des praticiens et des militants qui, chacun dans son domaine, décryptent les présupposés de cette loi et anticipent sa... "dangerosité" pour la société française. Donnant encore un peu plus de poids aux craintes qu'expriment des experts du droit pénal face à cette loi, des extraits de textes de loi et de discours du président de la République, Nicolas Sarkozy sont distillés au cours du film, afin de dévoiler "le populisme pénal" ambiant et d'apporter un contre-argumentaire aux Français qui, selon un sondage, sont très majoritairement favorables à cette loi sur la rétention de sûreté, explique le réalisateur.
[lire sur le site]

[26 avril 2008] Télérama
Télérama Un site réfute les discours du président. A l'appui, arguments et fiction.
La vidéo commence sur des images du film de Steven Spielberg Minority Report. Un homme est interpellé chez lui ; les hurlements de sa compagne couvrent le son de la scène. Il n'a pourtant rien à se reprocher. Ou plutôt : pas encore. La police vient neutraliser un meurtrier... potentiel. L'homme vit en 2054, dans une société du futur qui s'est dotée d'une technique pour repérer les criminels futurs : les visions de trois extralucides opérant au coeur du ministère de la Justice... Retour en 2008. Lentement s'affiche sur un fond noir la déclaration de Nicolas Sarkozy, le 22 janvier dernier, dans un commissariat de Bordeaux : " Les droits de l'homme, c'est d'abord les droits de la victime. [...] ma priorité, ce sont les victimes et pas les coupables. Et je n'ai pas l'intention de laisser ces fauves en liberté. " Mélange détonant des images de Spielberg et des mots du président français.
Avec ce troisième opus de sa série Réfutations, Thomas Lacoste poursuit sa quête de contre-expertises par l'image des discours de l'actuel président. Une série qui a débuté lors de la campagne présidentielle - d'où le nom du site qui rassemble l'ensemble des vidéos : L'Autre Campagne. Après le deuxième épisode consacré à la réforme des universités, Thomas Lacoste s'est allié au Syndicat de la magistrature pour disséquer les enjeux de la loi dite de rétention de sûreté, qui crée des centres d'enfermement à vie pour les criminels jugés dangereux après expiration de leur peine de prison. Huit intervenants issus des corps de métier touchés par la loi s'expriment face à sa caméra. De Daniel Zagury, psychiatre, à Emmanuelle Perreux, présidente du Syndicat de la magistrature et juge de l'application des peines, en passant par Jean Bérard, historien et membre de l'Observatoire international des prisons, chacun contribue à éclairer le débat. En alternant interviews, textes et extraits de Minority Report, musique passée et contemporaine (de Janácek au dubstep), le réalisateur instille chez le spectateur un doute de plus en plus insistant : assiste-t-il à une fiction ou à la description de la réalité ?
Par Sophie Lherm
[Télérama]
[20 avril 2008] Le Monde
Le Monde Des spécialistes dénoncent la loi du 25 février 2008 sur la rétention de sûreté
Des "pas-encore-criminels" arrêtés avant même qu'ils ne commettent un crime ; des citoyens enfermés à vie par "précaution", parce que potentiellement dangereux : c'est par des images censées être tournées en 2054, celles de Minority Report (2002), de Steven Spielberg, que Thomas Lacoste ouvre son documentaire Rétention de sûreté, une peine infinie (68 minutes), mis en ligne début avril sur le site militant L'autre campagne. [lire la suite]
[08 avril 2008] Libération
Libération Un DVD pour démonter la rétention de sûreté
Un film à faire tourner contre la loi sur la rétention de sûreté. Un film pour démontrer, de façon pertinente, la dangerosité de la loi sur la rétention de sûreté. Un film pour "déconstruire méticuleusement le populisme pénal". Thomas Lacoste, 35 ans, éditeur et réalisateur militant, s'est attelé à une démarche méthodique et opiniâtre : mettre en garde contre "le monde que nous prépare Sarkozy" en s'attaquant, à raison d'un thème par documentaire, aux piliers de sa politique. Après un film sur la réforme des universités, avant un autre consacré aux banlieues, le troisième volet de sa série "Réfutations" s'intitule donc Rétention de sûreté, une peine infinie, nourri de témoignages de magistrats et de psys. A visionner gratuitement sur Internet, à l'adresse www.lautrecampagne.org, ou à acheter si l'on veut encourager le projet (12 € par paiement en ligne ou par chèque à l'ordre de L'Autre association, 3, rue des Petites Ecuries, F-75010 Paris.).
Par Ondine Millot

[02 avril 2008] France Culture
France Culture Le bien commun du 02/04/2008 : La rétention de sûreté
Ecoutez l'émission
[Site de l'émission]

[20 mars 2008] Regards
Regards Succès pour la première nuit des libertés publiques
[lire]

[20 mars 2008] Nouvel Observateur
nouvel observateur Une peine infinie
[lire]

[16 décembre 2007] Rue89
Rue89 le 16/12/07, Les "Ciseaux d'or" de la censure au président de la Sorbonne
[lire sur Rue89]

[24 Novembre 2007] Rue89
Rue89 le 24/11/07, "Universités, le grand soir": la réforme combattue à l'écran
[lire sur Rue89]

[04 mai 2007] l'Humanité
L'Humanité le 04/05/07, l'Humanité consacre sa Une et un fil rouge dans son numéro spécial anti-Sarkozy au film Révélations de Thomas Lacoste
[l'Humanité]

[03 mai 2007] Le Monde
Le Monde Un film contre le projet de M. Sarkozy
Dans un film intitulé "Réfutations", seize chercheurs et militants souhaitent démonter le projet du candidat de l'UMP. Réalisé par Thomas Lacoste, animateur de L'Autre campagne, ce document peut être visionné sur le site www.lautrecampagne.org. Il s'agit, selon l'auteur, de "décrire sans haine la réalité d'une droite décomplexée". L'économiste Thomas Piketty, la secrétaire générale du syndicat de la magistrature, Hélène Franco, Louis-Georges Tin, porte-parole du CRAN, etc., soulignent les dangers d'un "bushisme à la française", d'une justice "bras armé de la police", et d'une vision "néocolonialiste" de la société.
[le Monde]

[03 mai 2007] Témoignage Chrétien
Témoignage chrétien Thomas Lacoste filme ceux qui disent « non ! »
Par Ivan du Roy
Syndicalistes, sociologues, économistes défilent dans un petit appartement parisien, à un pâté d'immeubles du QG de campagne du candidat de l'UMP. S'agit-il d¹une entrée dérobée vers une antichambre sarko-zyste ? Au contraire. Une fois passé le seuil, chacun dispose de trois minutes pour, selon leur sujet de prédilection, expliquer pourquoi il faut dire « non ! » à Sarkozy. Le sociologue Éric Fassin, l'altermondialiste Susan George, l'étudiant Bruno Julliard (Unef), l'économiste Thomas Piketty ou le chercheur Alain Trautmann se succèdent sous les discrets projecteurs. Le chef d'orchestre de ce défilé d'intelligences se nomme Thomas Lacoste, 35 ans, assisté de Marine à la technique et de Georges au script. L'objectif : « Présenter des contre-expertises sérieuses et argumentées pour lever le voile sur l'imposture Sarkozy. » Au fil de son parcours, Thomas a testé tous les supports de diffusion d¹idées. Son travail de bibliothécaire à Bordeaux le mène naturellement à l'édition. En 1994, il lance Le Passant ordinaire, une « revue de création et de pensée critique », diffusée à 6 500 exemplaires.
Suivent la publication de quelques livres et l'ouverture d'un site internet. Tout cela n¹est encore qu'un début. Obligé de se licencier lui-même après la suppression d'une subvention, Thomas Lacoste joue les nègres pour une maison d'édition et les script doctors pour une société de production.
A l'approche des élections, le jeune éditeur se fait webmaster avec l'appui des éditions La Découverte. Depuis janvier, il anime le site de l'Autre campagne, relayé par le blog de Libération. Intellectuels et universitaires y sont invités à décliner leurs réflexions en propositions concrètes. Le succès est inattendu : plus de 400 000 visites en trois mois. 165 interviews sont engrangées et visionnées par plus de 150 000 personnes. « Les arts plastiques et la photo m'ont amené au cinéma. Nous devons réfléchir à ces médias que, par peur de la télévision, les intellos ont laissé tomber, alors qu'ils nous permettent de toucher un autre public, explique Thomas, désormais réalisateur. Il faut que le monde de la pensée s'en saisisse. »
Sarkozy ou pas, d'autres projets se préparent : créer une revue sur DVD et étendre l'Autre campagne, déjà relayée en Italie, à l'Europe.
[Témoignage chrétien]
[15 mars 2007] AFP
AFP Début 2007, Lucie Aubrac appelait encore à "résister à l'ordre établi"
Par Isabelle LIGNER
Dans l'un de ses derniers engagements, début 2007, Lucie Aubrac, qui fait l'objet d'un hommage unanime jeudi au lendemain de son décès, appelait à "résister à l'ordre établi", notamment au libéralisme et à une classe politique ayant "le plus grand intérêt à ce que rien ne change".
Dans la droite ligne de l'appel qu'elle avait signé en 2004 avec plusieurs figures de la Résistance pour que les jeunes générations réagissent face à la destruction du "socle des conquêtes sociales de la Libération", Mme Aubrac, âgée de 94 ans, a soutenu l'initiative baptisée "l'Autre campagne", lancée par des chercheurs et des acteurs du monde associatif de gauche dénonçant "la vacuité" des programmes politiques avant les élections présidentielle et législatives.
Un soutien matérialisé par une préface signée par le couple Aubrac dans l'ouvrage "L'Autre campagne, 80 propositions à débattre d'urgence", publié en janvier 2007 et regroupant notamment des textes de Susan George, d'Etienne Balibar ou d'associations comme Droit au Logement (DAL).
Dans ce texte intitulé "pour un autre programme", Lucie Aubrac, qui s'est aussi engagée aux côtés des sans-papiers, saluait "une audace réconfortante" et "une utopie réaliste" qui "exprime la possibilité de résister à l'ordre établi". Elle dénonçait "dans une société pourtant si riche (...) le repli sur soi, la peur et le mépris de l'autre, le déni de l'intérêt général au bénéfice de quelques particuliers, bref le recul de la démocratie."
Le couple de résistants entrevoyait la nécessité "d'une autre forme de lutte, contre des adversaires et des obstacles qui ne sont plus, heureusement des forces armées ou des polices mais qui ne sont pas, pour autant, faciles à surmonter". Parmi les obstacles recensés: "l'implantation solide, dans notre pays, de forces politiques, sociales et financières qui ont le plus grand intérêt à ce que rien ne change" et "disposent d'un large éventail de moyens matériels et psychologiques".
Mais aussi "l'emprise mondiale des forces financières, avec la constante accumulation d'énormes masses de capitaux...qui cherchent partout des placements rentables financièrement et/ou politiquement et ont "elles aussi, le plus grand intérêt à ce que rien ne change".
"Résister, c'est créer", concluait le texte signé Lucie et Raymond Aubrac, créer notamment, selon eux, "les conditions d'un combat victorieux".
[AFP]

[07 mars 2007] Parutions.com
Parutions.com Résistance à la révolution conservatrice
Ce n'est ni un nouveau parti, ni un nouveau mouvement de citoyens assurant la promotion d'un candidat. Simplement, le collectif L'Autre campagne assume de réunir, sur l'initiative d'une dizaine de responsables éditoriaux, plusieurs dizaines d'auteurs qui n'ont pas la prétention de "représenter" des groupes sociaux particuliers. Sur la base "d'affinités individuelles et militantes", ces auteurs, qu'ils soient chercheurs, militants, syndiqués ou "simples" acteurs et observateurs de la vie sociale, proposent sur près de 80 sujets une analyse et une proposition concrète considérée comme "déterminante pour enclencher un changement effectif sur la question". L'ensemble n'ambitionne pas de constituer un programme complet et clé en main, mais plutôt, vise une élaboration commune au long cours[../..].
[lire la suite sur parutions.com]
[13 février 2007] Le Monde édition du 13 février 2007 par Sylvia Zappi
Le Monde Des intellectuels lancent une " autre campagne " contre le " marasme ambiant "

Voici quelques mois, avec le collectif "Voter Y", ils étaient à la recherche du candidat idéal pour l'élection présidentielle. Devant l'éparpillement à gauche, ils ont renoncé et préféré mettre au point un livre-programme clés en main, présenté samedi 10 février, à Paris. Une centaine de chercheurs en sciences sociales, militants associatifs et syndicaux - notamment Droit au logement, Confédération paysanne, Syndicat de la magistrature, SUD énergie, Survie - praticiens ou artistes, ont mis au point 80 "propositions à débattre d'urgence".

L'ouvrage, intitulé L'Autre campagne, (La Découverte, 14 euros), se veut un "puissant anxiolytique au marasme ambiant", explique Thomas Lacoste, éditeur et l'un des coordinateurs. Autour de lui, on retrouve les noms familiers de cette gauche intellectuelle qui a tenté, depuis trois ans, de s'impliquer dans le débat politique : l'économiste Geneviève Azam, les philosophes Jacques Bouveresse et Etienne Balibar, la politologue Isabelle Sommier, le sociologue Daniel Borillo, le démographe Patrick Simon ou encore l'urbaniste Marie-Hélène Bacqué.

L'initiative de ces militants et intellectuels engagés est née à la fois de la crainte de "la montée en puissance d'une droite autoritaire, violente et décomplexée" et de la déception face à une "gauche éclatée" qui ne semble pouvoir offrir que "l'accompagnement du capitalisme financier et le maintien d'un ordre social et moral profondément inégalitaire et liberticide", préviennent-ils en introduction.

"FAIRE EXPLOSER" LES LIMITES

Effarés par la "platitude" de la campagne présidentielle, ils veulent en "faire exploser" les limites. "Depuis des semaines, les thèmes importants imposés par la situation politique et économique ne sont pas abordés. Le débat porte sur des lieux communs", dénonce Georges Debrégeas, physicien, vice-président de Sauvons la recherche et autre coordinateur de l'ouvrage. L'urgence à leurs yeux est de réhabiliter la "faisabilité d'une réelle politique de gauche", à partir d'expertises "qui ne demandent qu'à entrer dans le débat", insiste Thomas Lacoste.

Les pistes proposées sont inspirées des revendications des mouvements sociaux des dix dernières années. Ainsi, pour renforcer la place des services publics, ils réclament une directive européenne respectueuse des traditions de chaque Etat membre. Faire face à la crise du logement suppose, à leurs yeux, de "s'attaquer au tabou de la propriété privée" : les auteurs proposent donc que l'Etat "agisse en loueur en préemptant les logements privés vides du parc privé".

La réforme institutionnelle passe, elle, par la suppression de l'élection du président de la République au suffrage universel. Quant au sujet récurrent de l'énergie, ils récusent l'idée d'un "pôle public" défendu à gauche : "Etablir un pôle public pour éviter les dérives libérales dans un secteur dérégulé est une illusion, assure M. Debrégeas. Il faut assumer le retour à la propriété entièrement publique avec une gestion déléguée aux régions et des tarifs appliqués différemment selon qu'on est particulier ou entreprise grosse consommatrice d'énergie."

L'ensemble de ces 80 propositions sont "discutables et amendables", assurent encore les auteurs. Un site Internet leur est dédié (http://www.lautrecampagne.org) et un film mettant en scène le regard des auteurs sur la campagne officielle est en préparation. "Nos idées sont libres de droit", expliquent encore les deux coordonnateurs de l'initiative, qui espèrent que "les candidats vont s'en saisir".

Sylvia Zappi
[le Monde]

[09 février 2007] Le Monde (édition du 09.02.07)
Le Monde L'AUTRE CAMPAGNE : 80 PROPOSITIONS À DÉBATTRE D'URGENCE, ouvrage coordonné par Georges Debrégeas et Thomas Lacoste.
Parce que " résister, c'est créer ", le collectif L'autre campagne s'invite dans le débat présidentiel et propose une " utopie concrète ", soit une série d'actions axées sur quatre pôles - politique, économique, culturel et citoyen. Préfacé par Raymond et Lucie Aubrac, l'ouvrage rassemble 79 contributions de chercheurs, philosophes ou syndicalistes, dont celles du sociologue Bernard Lahire et du président de l'UNEF, Bruno Julliard. Il invoque notamment, selon les termes du philosophe Etienne Balibar, la construction d'une Europe " altermondialisatrice ". Anne Le Strat, conseillère de Paris, propose de légiférer sur l'accès à l'eau et d'en faire un droit constitutionnel. L'autre campagne préconise également d' " abolir " la récente loi durcissant le dispositif contre le téléchargement (DAdvsi) relative au droit d'auteur, d'enseigner les sciences sociales dès l'école primaire, ou de mettre en place une Cour mondiale des droits de l'homme.
Johanna Luyssen
[le Monde]
[09 février 2007] A.F.P.
AFP Une "autre campagne" lancée contre "la vacuité" des programmes officiels
Par Isabelle LIGNER

PARIS, 9 fév 2007 (AFP) - Des militants associatifs, praticiens et chercheurs ont lancé une "autre campagne" présidentielle et législative pour dénoncer "la vacuité des discours officiels" et tiennent samedi à Paris au "ministère de la crise du logement" un premier débat sur la propriété privée.
"Le pari, c'est que de plus en plus de gens se rendent compte de l'arnaque totale de cette campagne, de la vacuité organisée des discours et programmes officiels", explique à l'AFP Georges Debrégeas, physicien au CNRS et l'un des coordinateurs de cette initiative en gestation depuis plus d'un an.
Avec un état des lieux et des "propositions concrètes" qui se déclinent dans un livre (80 propositions à débattre d'urgence, éditions La Découverte) et sur un site évolutif très visité (www.lautrecampagne.org), les intervenants sont "sortis du discours d'experts en se risquant à la proposition d'ordre politique", poursuit Thomas Lacoste, éditeur et autre coordinateur.
La plateforme, rassemblant aussi bien des philosophes, sociologues, psychiatres et économistes que des membres du Comité pour l'annulation de la dette du Tiers-Monde (CADTM), de la Confédération paysanne, de l'Unef, du Syndicat de la Magistrature (SM) ou de Survie, a reçu le soutien de Lucie et Raymond Aubrac.
Le couple de résistants définit l'initiative comme "une utopie réaliste" exprimant "la possibilité de résister à l'ordre établi", à "l'implantation solide dans notre pays de forces politiques, sociales et financières qui ont grand intérêt à ce que rien ne change".
L'initiative est née d'une crainte - "la perspective d'une prise de pouvoir par une droite radicale (...) alliant l'idéologie néolibérale et une pratique autoritaire du pouvoir" -, expliquent Thomas Lacoste et Georges Debrégeas.
Mais aussi de la déception de militants face à "une gauche éclatée dont une large partie des dirigeants semblent n'avoir à offrir comme projet politique que l'accompagnement du capitalisme financier et le maintien d'un ordre social et moral profondément inégalitaire et liberticide".
Il s'agit non pas d'interpeller directement les candidats mais de "donner des armes aux militants" pour s'écarter "des opérations de marketing électoral". "On ne roule pour personne", souligne M. Lacoste, "Même si nous nous inscrivons dans une démarche de renaissance de la gauche".
Les différents contributeurs donnent notamment des pistes concrètes pour que "l'Europe devienne un continent d'asile" et non un "empire du rejet", pour que le service public soit placé "au coeur de la citoyenneté moderne", pour que l'impôt soit "réhabilité", pour "se réapproprier collectivement le travail", "lutter contre l'exclusion scolaire" ou "lutter contre de nouvelles impunités en matière de criminalité économique et financière".
Le logement tient une large place dans les propositions notamment à travers la revendication d'un droit opposable.
Samedi, lors de la journée intitulée "Dé-posséder", les intervenants de "l'autre campagne" entendent également remettre en cause la propriété privée pour dégager des solutions face à la crise du logement. Ils souhaitent relier propriété immobilière, sociale, intellectuelle et des médias pour faire avancer ce débat. "La propriété privée aujourd'hui est un thème tabou", affirme M. Debrégeas qui souligne: "Concernant les problèmes de logement, on ne parle que du parc social, on n'aborde jamais la question du logement privé et des logements vacants".
[AFP]

[07 février 2007] Libération pages Rebonds
Libération Se loger, point barre
Tout logement vide doit être considéré comme un logement social potentiel.
Par Marie-Hélène Bacqué sociologue, professeure à l'université d'Evry, chercheuse au CRH-Louest et Jean-Pierre Lévy géographe, directeur de recherches au CNRS et au CRH-Louest.

Cent mille personnes sont sans domicile fixe, près d'un million sont privées de domicile personnel, trois millions vivent dans des conditions de logements difficiles. Sous la pression des associations et du mouvement Don Quichotte, l'Etat semble enfin avoir pris la mesure de cette situation alarmante. L'annonce de la mise en place d'un Droit au logement opposable et d'une intensification de la construction de logements sociaux fait consensus. Pourtant, pour vertueuses que soient les intentions, on sait déjà qu'elles seront loin de permettre l'accès au logement des ménages précarisés. Aux mêmes causes les mêmes effets, le débat a de forte chance d'être posé dans les mêmes termes l'hiver prochain.
Depuis 2000 on construit chaque année en France de 300 000 à 400 000 logements. Ces chiffres sont néanmoins dérisoires au regard de l'offre réellement disponible. Ce sont en fait plus de 2,5 millions de logements qui sont "mis" sur le marché chaque année. La construction neuve ne représente qu'une infime partie de cette offre, les trois quarts étant dus aux libérations des logements suite à un déménagement. L'équation du mal logement semble donc moins relever d'une "crise immobilière" et de construction neuve, que d'une question de distribution, de répartition des logements disponibles, de blocages et de discriminations dans les attributions.
La crise du logement des années 50 avait été traitée à coup de constructions massives, avec des résultats : une amélioration constante du parc immobilier et, surtout, un logement décent et abordable pour l'immense majorité de la population. Mais avec les contre effets que l'on sait : des zones devenues le symbole de l'exclusion sociale. Ce double héritage a complexifié la question du logement. L'accès au parc social est en partie bloqué par une sédentarisation des ménages les plus pauvres. Il reste également majoritairement concentré dans des secteurs mal équipés et mal desservis. Par ailleurs, les modes d'intervention et les responsabilités politiques ont été transformés avec la décentralisation : à l'Etat le soin de définir les budgets et la programmation nationale de l'offre ; aux collectivités locales celui d'agir sur sa géographie. De ce fait, les politiques locales ou nationales oscillent en permanence entre le choix de privilégier des logiques spatiales ou des logiques d'offre. La récurrence des crises hivernales illustre l'inefficacité des politiques du logement menées depuis vingt ans. L'accession à la propriété a assumé près des trois quarts de l'augmentation des résidences principales, contribuant à réduire les choix résidentiels des locataires, surtout s'ils n'ont pu emménager dans le parc social. Les tensions sur le marché du locatif s'exacerbent provoquant une hausse sensible et rapide des prix des loyers, dans le privé comme dans le secteur social.
Ces mécanismes participent d'une fragilisation accentuée des ménages et de la remise en cause des garanties qu'apportait jusqu'alors la société salariale. Le problème va bien au-delà des exclus du marché du travail et concerne peu ou prou l'ensemble des ménages ne pouvant accéder à la propriété. Car les bailleurs, inquiets par le développement de la précarisation et confortés par la pression immobilière, se trouvent aujourd'hui en position d'exiger des garanties d'autant plus contraignantes que le logement sera cher. Pour la grande majorité de la population active, il devient aujourd'hui difficile de louer un logement si l'on ne dispose pas de réseaux sociaux ou familiaux stables. Sans emploi, et d'autant plus si on a un faciès coloré, cela devient une mission impossible. Dans ce contexte, une relance de la location s'avère nécessaire pour détendre le marché, mais elle est loin d'être suffisante. Si les constructions et les déménagements peuvent produire une offre de logements accessible à la grande majorité des ménages, la nature discriminatoire des modes d'accès exclut les ménages aux faibles revenus ou ceux ne pouvant répondre aux garanties de plus en plus contraignantes exigées par les bailleurs. Face au développement de la précarité et de la flexibilité, il ne sera donc pas possible de résoudre la question du mal logement sans s'attaquer frontalement aux discriminations sociales, économiques et ethniques qui bloquent l'accès au parc immobilier.
C'est tout le sens de notre proposition. Pour lutter contre les discriminations et créer les conditions d'un accès généralisé au parc immobilier "de droit commun", nous préconisons la mise en place d'un système dans lequel tout logement, construit ou libéré, est considéré comme un logement social potentiel, où le choix résidentiel est érigé en norme commune et partagée. Ce système repose sur la création d'un contrat de confiance renouvelé offrant des garanties conjointes aux locataires et aux propriétaires, bailleurs sociaux ou privés. Le moyen le plus efficace pour le mettre en place serait, nous semble-t-il, que la totalité du loyer d'un ménage aidé, quel que soit le logement occupé et sa localisation, soit pris en charge par l'Etat, le locataire étant redevable de sa quote-part (loyer déduit des aides) au Trésor public. Le locataire aurait ainsi un toit garanti et le propriétaire un loyer assuré.
Un tel système appelle évidemment des mesures complémentaires de contrôle de l'augmentation des prix des loyers et du foncier, et nécessite de rendre prioritaires les ménages aidés dans toute attribution de logement. En soi, les garanties offertes par sa mise en place devraient logiquement aboutir à accroître la mobilité des locataires aidés, moins contraints dans leurs choix résidentiels, à une mise en location plus intensive de biens par des propriétaires rassurés, à une action plus active de la promotion privée y compris dans les secteurs les plus dégradés. Bref, on en attend une augmentation suffisamment sensible de l'offre locative pour faire déjà baisser le coût des loyers dans un marché devenu plus "fluide".
La question du mal logement pourrait y trouver une réponse, car moins cloisonnée et dépendante de création d'offre adaptée à telle ou telle catégorie de population le plus souvent stigmatisée. Le problème du logement serait ainsi posé en des termes larges. Le droit au logement opposable prendrait tout son sens sans être cantonné au non-accès à un secteur très particulier du parc immobilier.

Auteurs notamment de l'article : " Pour un droit à l'existence des quartiers populaires " dans l'ouvrage l'Autre Campagne : 80 propositions à débattre d'urgence, sous la direction de Georges Debrégeas et Thomas Lacoste, Paris, la Découverte, 2007.
[Liberation]

[25 janvier 2007] Témoignage chrétien (n°3237 édition du 25.01.07)
Témoignage chrétien Et si la campagne commençait...
Dans leur introduction, les coordinateur du livre L'Autre campagne vont droit au but : " La révolution conservatrice, alliant l'idéologie néolibérale et une pratique autoritaire du pouvoir et dont les expérience thatchérienne et reaganienne ont donné la mesure, pourrait trouver bientôt son aboutissement en France. " Or, Georges Debrégeas, physicien au CNRS, membre de l'association " Sauvons la recherche ", et Thomas Lacoste, éditeur, fondateur et président de la revue Le Passant Ordinaire, ne se satisfont pas de la réponse donnée par la gauche en ces temps de campagne présidentielle. Alors, ils ont eu un projet fou, celui-là même qui est abandonné depuis longtemps par nos politiques et qui pourrait se décliner en trois mots : penser, inventer, proposer.
Pas de programme livré clé en main ni de candidat miraculeux, mais une suite de " quatre-vingts propositions à débattre d'urgence ", regroupées dans quatre grands chapitres : Politiques internationales et enjeux planétaires, Politiques sociales et économiques, Culture et éducation, Citoyenneté et institutions. Et si la campagne commençait enfin ?
L.C.
[Témoignage chrétien]
[16 janvier 2007] Site de la C6R
c6r Cette semaine est paru le livre L'Autre Campagne, ouvrage collectif aux éditions La Découverte contenant 80 contributions originales issues du monde social (syndicats, associations, mouvements) et intellectuel. Il s'agit de faire entendre des propositions se démarquant du brouhaha politico-médiatique habituel. Le débat a vocation à se poursuivre sur le site internet de L'Autre campagne, qui contient des textes de référence et des analyses des différents programmes de la campagne présidentielle 2007. Il faut le lire évidemment parce que des membres de la C6R y ont participé : Thomas Heams à propos de la suppression de l'élection du Président de la République au suffrage universel direct et Marion Paoletti à propos de l'abolition du cumul des mandats. Mais L'Autre campagne mérite d'être lu également car, plus généralement, les contributions - et le débat qu'elles ouvrent - participent d'un mouvement de réappropriation citoyenne de la politique. À noter que l'émission La suite dans les idées de France Culture a reçu les deux initiateurs de cette démarche (Georges Debrégeas et Thomas Lacoste) ainsi que Thomas Heams, membre du comité éditorial. Vous pouvez la ré-écouter ici.
G.
[C6R]
 

 
  

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L’Autre campagne... après la campagne
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