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Des spécialistes dénoncent la loi du 25 février 2008 sur la rétention de sûreté

Des "pas-encore-criminels" arrêtés avant même qu'ils ne commettent un crime ; des citoyens enfermés à vie par "précaution", parce que potentiellement dangereux : c'est par des images censées être tournées en 2054, celles de Minority Report (2002), de Steven Spielberg, que Thomas Lacoste ouvre son documentaire Rétention de sûreté, une peine infinie (68 minutes), mis en ligne début avril sur le site militant L'autre campagne.

Cette référence à une société ultra-sécuritaire donne la couleur du projet de Thomas Lacoste, qui entend mettre en garde contre "le monde que nous prépare Sarkozy" en s'attaquant "aux piliers de sa politique". En l'occurrence, la loi du 25 février 2008 sur la rétention de sûreté, après un premier film sur la réforme des universités.
Le film revient sur "six années de recul des libertés" en France et anticipe les mutations qu'opère la loi sur la rétention de sûreté, qui permettra, en prédisant la "dangerosité" - virtuelle - d'un criminel à la fin de sa longue peine, de continuer à le "retenir" enfermé pour un an renouvelable à l'infini. "C'est la perpétuité sans crime", commente l'avocat et bâtonnier de Paris Christian Charrière-Bournazel.

Co-produit par La Bande Passante et le Syndicat de la magistrature, le film de Thomas Lacoste donne la parole à des juges et des avocats, des chercheurs et des psychiatres, des praticiens et des militants qui, chacun dans son domaine, décryptent les présupposés de cette loi et anticipent sa... "dangerosité" pour la société française.

"On bascule totalement dans un autre système de droit", y indique Emmanuelle Perreux, présidente du Syndicat de la magistrature. Pourquoi ? Parce qu'en instituant la possibilité de "retenir" quelqu'un indéfiniment sans qu'un acte criminel le justifie, insistent les intervenants, cette loi bafoue la présomption d'innocence, principe fondamental du droit. Et parce qu'au lieu de se fonder sur des actes et des textes de loi pour punir, cette loi s'appuie sur des notions aussi floues que la précaution, la prédictivité et la prévention.

"Comme l'a dit Robert Badinter, avec la rétention de sûreté, on n'est plus responsable de ses actes mais de ce que l'on est. Responsable d'une éventuelle dangerosité, que personne n'est capable de définir, pas même les psychiatres !", précise Jean-Pierre Boucher, ancien président du syndicat de la magistrature. Ce qui constitue "un abus institutionnel, qui plus est validé par le Conseil constitutionnel", note le philosophe Claude-Olivier Doron.

Donnant encore un peu plus de poids aux craintes qu'expriment des experts du droit pénal face à cette loi, des extraits de textes de loi et de discours du président de la République, Nicolas Sarkozy sont distillés au cours du film, afin de dévoiler "le populisme pénal" ambiant et d'apporter un contre-argumentaire aux Français qui, selon un sondage, sont très majoritairement favorables à cette loi sur la rétention de sûreté, explique le réalisateur.

Ses films, libres d'accès, sont aussi vendus en DVD sur le site, pour donner ensuite lieu à des projections-débats un peu partout en France. Parallèlement, une pétition demandant l'abolition de la loi sur la rétention de sûreté a été lancée par le syndicat de la magistrature et une myriade d'organisations professionnelles.

www.contrelaretentiondesurete.fr


Martine Delahaye
Article paru dans l'édition du 20.04.08.

 
  

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